dimanche 8 novembre 2009

L'appartement

Dans la pièce creuse, teintée d'accords
résonnent les harmonies d'un autre lieu.
D'un bleu mouchardé, le ciel
accompagne la paresse.

Les pauvres lueurs de l'automne
parviennent à esquisser sur le sol
vert, de grandes flaques d'ombres.

Milles brins de laines
dansent sous les pieds,
un Van Gogh à terre,
comme de l'herbe folle.

Le noir limé du canapé accroche
les petites lumières naïves
perdues dans mon appartement.
Quelques belles boites de chaussures
s'expriment sous la fenêtre,
les babioles de la vie s'entassent,
comme une solitude,
sur un meuble d'appoint.

Au milieu trône un vestige de l'enfance,
une table à quatre pieds,
elle a la fragilité de l'insouciance.
Si l'on se rapproche, apparaissent
la veine du bois et,
gravé dans la matière,
les innombrables signatures
des êtres chères.

Sur le plateau, peint
on ne sait pourquoi,
est posé un cendrier volé,
d'un hôtel à deux sous.
Son verre bleu est poli,
les cendres neiges
que tu as laissé
forment un tapis
blanc.


J'ai jeté le mégot, pour que tu disparaisses.

Il ne reste qu'une pièce vide,
celle qui m'habite,

teintée d'accords,
et qui résonnent

de l'harmonie d'un autre lieu,
où tout est témoin
de ton absence qui se dessine
en creux.

lundi 2 novembre 2009

J'entends les paroles des têtes bien faites brailler, ô chant de la vie. Les belles s'arrangent, et les cœurs qui s'affolent, en ribambelle de rire, virevoltent. Des presque hommes, de grave en pire,
les voix déraillent quand toute la force vive des corps nouveaux cache les maux. C'est qu'il faut être beau pour la photo.
Une lumière arrête alors le souvenir de l'enfance, éclaire la forteresse de solitude, au moment gris du rebours. La joie chaotique, prête à bondir au doux goût des parfums fleuris, a frayé de larges rigoles. Elle a déposé, comme un mauvais limon, une trace noir sous le regard. Sur le visage, autrefois parcouru d'un fleuve vivant, les années de sécheresses ont découvert des affluents secrets. Il ne reste presque plus d'eau, le peu perle aux commissures, teinte la peau tannée, gâche en une dernière goutte le rectangle de papier glacé. Les yeux fardés d'argentique accroche un miroir, le souvenir tombe en feuille morte.

Divagation

Hum…Je n'écris plus assez. C'est une sensation désagréable, un retour au rien, un calme plat…
Ce n'est pas si désagréable en fait. C'est particulier, un vide accueillant. Une invite à disparaître…
Un repos terrifiant.

Ce n'est jamais simple de détricoter un nœud, pourtant quel nœud dois-je défaire à cette heure. Le nœud d'une vie, pour passer à ce qui pourrait arriver, pour laisser la place, offrir une chaise vide…

J'ai longtemps cru qu'il fallait avoir un bon repas pour inviter. Pourtant, quoi que ce soit, il y a toujours à partager. L'invitation ne s'adresse pas aux personnes que nous attendons. L'invitation est toujours à notre propre adresse, elle va contre la difficulté de l'homme à laisser une place vide. Il n'y a pas de place pour l'autre dans notre attente, il n'y a pas de vie lorsque les chaises qu'on croit vides sont hantées par ses spectres. Il n'y a que la solitude.
A table, il ne suffit que d'une place libre pour que l'inconnu s'y installe.

samedi 22 août 2009

Voici quelques lignes, rédigées il y a bien sept ou huit ans, que je n'ai presque pas remanié, pour qu'elles me plaisent. Comme dans la majorité de ce que je peux écrire, il n'y a pas de titre. Si quelqu'un à des propositions à faire…

Tes mains libres
laissent caresser ton corps,
comme est la vie,
en mille scintillements,
une vague sur un brisant.

Laisses à l'homme,
par le parfum de tes mots,
le choix d'être ivre ou vivant.

Laisses à mon cœur,
le temps de respirer une fois,
quand battent tes paupière,
le souffle délicat.

Ce deuxième texte date d'il y a encore plus longtemps, mais je ne me souviens plus exactement. Du lycée surement

La nef accoste et tous y montent.
L'ours et l'homme, les margoulins et les pingouins,
les images et les montagnes,
le caléidoscope d'une vie multicolore,
rose ou bleu, blanc parfois, souvent noir,
cet arc-en-ciel de la dérision et de l'espoir.
Tous s'installent dans le vaisseau,
car il est grand et confortable
comme une maison de fou.
Dans ce navire il n'y a pas de capitaine
et s'il coule, personne ne se noie.
C'est l'immense barque des histoires
qui nous mènent en bateaux,
du sage au lourdaud.
Tout le monde vogue sur les flots
des pages du roman que se font nos cerveaux,
mêlant la poudre d'ange au terreau,
l'horrible et le superbe,
les fictions qui torturent notre raison,
du premier pleure jusqu'au tombeau.


samedi 1 août 2009

Prose au désir

Lors d'une journée calme, tanné par le soleil, ébloui par les femmes... Un peu comme aujourd'hui.

Le pavé est un soleil qui chauffe les jupes au coeur
Fait de cette pierre, niais et béat, je regarde le ciel
J'y cherche, dardant philosophe, le vrai et le bonheur
Mais à vos pieds, auréolé comme une chaussée, ma foi s'éveille

Chérubins de peu de moeurs, vos talons
Ajournent, en moi, la raison en persienne
Y filtre, stigmates des piétés de jupons
Une lumière en dentelle bohémienne

L'asphalte en linceul, je suis crucifié
Vos anges frisés pavanent d'un sourire biais
Lorsque mes yeux admirent par le bas
Les tendres papillons qui se déploient

Échaudé, bitume sans molasse
Hume le vent, moite et délicat
Nourrit d'épices et de mélasse
Entre les jambes nues, m'invite au débat

Long lézard, je me prélasse
Le ventre offert à vos pinailles
Sur le goudron, brûlant de piétonnes

L'air qui suffoque en mirage
Offre aux yeux de la rue polissonne
Un autel en miroir où je prie
A la gloire de fluettes lingeries



vendredi 24 juillet 2009

A ton souvenir

Une prose plus récente.


Au commandement était Eros
l'âme vaillante
au nouveau front

présentions notre serment.
Grimés comme une mesurela vie à la croche
la terre, en rythme
battait sous nos pieds.
Au contretemps
quand passa l'armede son cotémon coeur t'a retenu.
Pardonne le fusil
accablé et sans forcen'avoir su
être
fière au levant.

Planté serré, pâle frêne
j'ai laissé près de toi
nous qui n'avions pas fleuri
un papier, et ma vie


Au commandement était Eros
et j'ai désobéigardant de mon ombre
ta forme meurtrie
.
Sans poudre et sans joiesje porte en moi, muse
délabrée, belles ruines,
ceux qui m'ont laissé
seul au combat.
A midi, maintenant
calme grimace
masquée du clairon
au salut, étrangle mes sanglots

Au couché, ton souvenir
tel l'éclat dans mon corps
perce ma gorge
d'un cris de mort.

Pendant ce rêve,
mes larmes, à mes lèvres
donnent un goût salé
nous dormons sur la plage
le vent charrie
sables et marée.

jeudi 23 juillet 2009

Cadavres exquis

De vieilles lignes qui attendent, depuis mes années lycéennes et surréalistes, rédigées avec un camarade de l'époque. Voilà comment je pouvais occuper mon temps en cours : écrire de la main gauche, écouter les yeux fermés, dessiner, sculpter ma gomme, mes crayons, la table, rêvasser et tenter quelques lignes…

Réjouissance et les cloportes,
aurait-elle un sens, bobine qui massacre cachée sous les tables,
nonobstante léthargie des stylos tueurs,
ça fait mal à l'âme !

Lamantin défaitiste de l'Océan Indien enduit de bobines jaunes
du plat de la tempête qui clapote
charlatans agressifs
le fronton tapote
et les barbares jaunes et la mer
quel beau jardin !

Tête à trou de mémoire se souvient de cette gloire
Ses pustules ne sont que le sort de cet homme qui transperce les cercles de feux

Canards égorgés se trémoussent dans la jouissance
frappant leurs têtes ensanglantées d'amour

mardi 21 juillet 2009

Correspondance

En essayant de reconstruire le fils de l'histoire, je me remémore notre premier film, l'essayage avant le restaurant, ta robe, tes longues jambes, ta silhouette si féminine.
Je me remémore notre premier repas, et celui d'avant.
Notre premier baisé qui suivit, et celui d'avant, tout autant.
Je revois le matelas parterre, et ce quidam qui parlait. Tes lèvres.

Il y a Paris, comment j'ai gâché le début de notre soirée. Notre ballade sur les Champs, notre engueulade autour d'un burger. J'étais encore persuadé que j'allais te quitter. Au moins pendant une seconde.

Bien avant il y a tes pas dans l'escalier, tes rires, tes cris étouffés au travers du plancher Je m'arrête devant ta porte et j'écoute en retenant mon souffle. Je ne sais pas si je peux m'immiscer dans ta vie, j'hésite, j'ai le cœur qui s'affole un moment, j'attends d'avoir le courage... et je remonte, le plus discrètement possible.
Mais le courage pour quoi ?

Je me souviens cette peur. Peur de donner, d'apparaître comme je suis. Être découvert, mis à nu, et rejeté...

Et il y a eu les pleures, les cris, les quelques coups aussi. Ta colère, ma rage...
Il y a moi, vivant dans tout cela, bien plus que jamais, qui apprend de cette énergie magnifique et moribonde, qui apprend de toi.

Il y a eu toutes ces choses et toutes les autres au goût sucré. Il y a ton corps et ton désir.

Seulement le présent indélébile et heureux, ton image parfumée, cette chose violente qui bat en moi à tes cotés.