C'est un après-midi de froid mordant, les gouttes s'enlacent et glissent, elles s'aiment contre la vitre battue de leur vigueur. L'enfant à l'intérieur, caché derrière des yeux, ne connaît pas le sombre spectacle qui se répand. La vie rigole sur le verre et il rit avec elle, l'enfant caché derrière des yeux tristes.
En bas, le monde est en eau, il sue. C'est que ça grouille et ça s'affaire, ça grignote et ça se creuse. Les choses importantes, elles se font en courant ! Alors, les fils du destin qui clapotent sur leur tête, se croisent et s'emmêlent. Tout trépigne et crépite, s'agite et se cogne, les phares lâchent leurs longues langues de flammes et révèlent la fumée des corps qui s'échappe. On voit presque les soucis dans l'ombre des passants. La bouche de métro dégueule un flot de jambes, de bras et de torses, de bile, d'entrailles et de sang. Ça sent la chair, les narines de la ville frémissent. Comme des moustiques, les êtres s'agglutinent sous les lumières des placardes pleines de filles nues. La ville tente la bête en chaque homme, elle rêve que tout ce fatras d'organes copule et jouisse. Elle s'énerve en vain, on ne baise pas la tête vide et le ventre plein.
L'enfant, de son mirador, joue avec ses mains. Bras tendus, deux doigts dépassent, ils pointent quelque chose en bas. Son autre main recouvre la première, il appuie sur la gâchette. Les poignets dansent sous le recul, un-à-un les parapluies meurent sans bruits. Il souffle pour dégager les dernières volutes du canon et retourne à la contemplation du monde qui vibre.
Soudain, le ciel s'abat, grandiloquent. Les mauvaises augures frondent et griffent. Des flèches percent la voute. L'horizon est strié, il y a comme des traines qui relient ceux d'en bas aux nuages. Alors, l'enfant caché derrière des yeux, pince la trame du métier à tisser la vie. Il attrape, avec la douceur d'une mère, les brins mêlés de laine. Il suspend le temps d'un geste, et, du bout de ses mimines, donne un peu de calme sur la place. A l'abri sous les arbres du square, bordé de bagnoles, il déplace en marchand, les hommes et les femmes. Les marionnettes s'asseyent et attendent. Il leur refait une histoire d'amitié, donne aux enfants dans les bras de leur père un regard brillant. Dans les corps des vieillards, il efface la douleur, pour qu'ils fassent peur aux moineaux. En tirant les ficelles, il rapproche des amoureux inconscients, et par saccades, fait piaffer les petites filles qui épient.
Et puisque l'enfant et Dieu c'est pareil, il appelle l'azur pour que l'or coule. Avec sa tête, il ouvre en grand une place pour le soleil. Il tire sur les cordes et les têtes se lèvent. Les rayons qui filtrent par les feuilles illuminent les sourires.
