mardi 8 novembre 2011

Mauvais calcul


- Certains diront que l'on écrit jamais pour les bonnes raisons. En effet il n'y a pas de bonnes raisons pour écrire, quoi que ce soit. En tout cas c'est mon cas. J'écris quand il ne reste peut-être plus que ça. Quand le reste est tombé. Quand l'odeur même disparaît. Quand il ne reste plus que l'ombre.
- Alors s'il y a l'ombre, c'est qu'il y a le Soleil quelque part, n'est ce pas ?
- Oui, un Soleil qui s'en va. On sait ce qui se passe à vouloir rattraper le Soleil. La chaleur, tout ça, c'est une belle foutaise. En fait le Soleil brule, et c'est tout. Et c'est dans l'ombre que retombe la poussière. L'immolation, de toute façon, très peu pour moi…
- Autant vivre dans l'ombre ?
- Avec les poussières.
- Vous ne répondez pas.
- On ne répond jamais, on ment par omission, on se trompe, on oublie... Mais on ne répond jamais. On ne peut répondre, et puis personne ne veut entendre. Alors à quoi bon ?
- Votre réponse c'est que c'est perdu d'avance ? Ou alors vous avez pris de l'avance à tant perdre ? Vous avez tout perdu, alors tout vous appartient. Vous embrassez un tout de rien ?
- Chaque fois qu'on embrasse, c'est toujours pareil. Pourquoi croire que cela n'est que de moi ? Chacun embrasse un tout de rien, vous en avez de bonnes ! On offre tout à celui ou celle qui possède un je ne sais quel petit rien. On embrasse la rosée sur un nuage…quand on sait que c'est la pollution qui fait de si belles couleurs...
- Quitte à tout y perdre, surtout son propre petit rien ? Après le décompte, si je fais bien le calcul, il ne reste pas grand chose, non ? Attendez voir… Nan c'est bien ça, pas grand chose. Mais je ne suis pas bon pour calculer quoi que ce soit de toute façon. Alors j'ai pu me tromper ! Souvent je me trompe, j'oublie, je ne fais pas tout le temps attention, vous savez…
- Ce n'est pas qu'au bout du compte il y reste, c'est qu'il y manque. Vous avez oubliez de partir du début. On part d'un moins.
- Ah ! Alors à la fin… Tient, il en reste encore moins... C'est la crise de la dette votre truc ! Lançons le grand redressement de l'état souverain, ou bien, tient, une politique de grands travaux ! Qu'on besogne à tout va, qu'on pense au monde en grand pour une place pour chacun, deux à deux, un élan d'amour et de labeur, la digne sublimation dans le travail et l'honneur et les chants et les images et ! Trinquons pour l'amour de nos prochains !
- Mais qui trinque ? Et avec quoi ? La coupe est pleine ! C'est un creux qui reste, c'est là qu'est logé l'ombre, faut un coin pour qu'elle dorme la nuit elle aussi. Doit on tout vous apprendre ? L'amour du prochain, c'est une infusion passée à l'eau bénite. Moi je m'en fout, même que des fois j'en bois. Mais merde, la traçabilité du produit, vous en faites quoi ? Vous bouffez toujours à tous les râteliers ? Faites attention, je ne sais pas, pour votre santé au moins !
- Je n'avais pas vu ça comme ça... ! J'avoue. Vous avez l'air de savoir des choses.
- Vous aussi.
- Pourtant je ne sais rien, on me le dit souvent.
- Tout pareil.
- Ah bon ! Je supposais que...
- Comme quoi !…
Silence
- En fait, vous êtes aussi quelqu'un d'autre ?
- Oui, vous aussi ?
- Oui.
Silence
- Peut-être que la solution à votre calcul, c'est qu'entre le début et la fin on est quelqu'un d'autre ?
- Vous avez raisons, C'est juste. Le calcul est bon si on est au moins quelqu'un d'autre en moins.

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